Designer Culinaire

julie

Ces jours-ci, on me demande souvent :
-Tu « design » du pain Poilâne, alors ça y est, t’es designer culinaire?
Et je réponds :
-Oui peut-être, mais en même temps non, je sais pas, un peu, et puis, je ne fais pas que ça… »

Bon, et ça veut dire quoi en fait?

Il est déjà difficile de définir ce qu’est un designer tout court. Artiste, décorateur, ingénieur, styliste, en fait on dirait que seul un designer sait ce qu’est un designer. . Je me rappelle d’un ancien maître de stage, qui disait, je cite :

« -Un designer, c’est un quelqu’un qui fait corps avec l’industrie, et qui arrive à faire sortir de bons objets en se jouant des contraintes et du cahier des charges, les autres c’est des artistes »

D’ailleurs je ne pense pas qu’il y ait de définition type. Chaque créateur porte des casquettes différentes selon ses projets. Un mec comme Starck mange à tous les râteliers, il est designer d’objet pur et dur quand il fait des motos pour Aprilia, décorateur quand il refait un hôtel et styliste pour faire des pompes. C’est pour ça que j’aime le mot créateur, qui englobe une attitude et une démarche.

starck

Le design culinaire, est à mon sens, le travail porté sur l’aliment dans le but de transcender sa forme et son goût. Le design culinaire est une spécialité du design, comme le design automobile ou le design de packaging. On peut l’appliquer à l’industrie agroalimentaire, et les problématiques ressemblent beaucoup au design produit : Rationalisation de la fabrication, production en série, économie de matière, marketing etc… Starck, encore lui, a « dessiné » une nouille pour Panzani dès 1987.

pate

Il y a aussi l’autre approche, que je qualifierais de design culinaire « performance », celle qui ravit la presse tendance. Ce sont les collaborations d’un designer avec une grande maison ou un grand chef. Le designer apporte son regard technique et poétique à l’aliment, et comme les contraintes sont plus souples que dans l’industrie, la créativité et le style explosent.

De plus ce qui est plaisant dans le design culinaire, c’est que tout se mange. Il n’y a pas de pollution et de gâchis. Quel plaisir de faire un projet éphémère, j’adore l’idée de redessiner un aliment pour raconter une nouvelle histoire à celui qui va le manger. Dans mes projets, je m’efforce d’apporter de la fonction à la nourriture. Jouer sur la matière et la texture pour apporter le petit plus auquel un cuisinier n’aurait pas pensé. Ce n’est pas seulement une question de beauté, de sophistication ou d’élégance mais de dépasser les produits pour les emmener où vous ne les attendez pas.

design culinaire de germain bourre

Germain Bourré

Il y a un autre aspect séduisant dans le fooddesign, c’est sa facilité d’accès. Quand on est étudiant, ou jeune designer, c’est chaud, pour ne pas dire impossible, d’avoir accès à des industriels de la plasturgie ou du métal, aux dernières technologies ou de gagner la confiance des grands éditeurs. Alors qu’avec l’alimentaire, il vous suffit d’avoir un peu matos dans votre cuisine et de faire un tour au marché. Saupoudrez le tout de créativité, et vous pourrez faire vos preuves.

Pour info, voici une sélection des designers qui font trembler carottes, chocolats et autres gâteaux

bureau

Stéphane Bureaux

la-cellule-creature_a_pomper_4

Emmanuelle Becquemin et Stéphanie Sagot

bretillot

Marc Brétillot

chocolat

Delphine Huguet

carteamanger

Julie Rothhahn (les Pâtadoigts en début d’article, c’est elle!)

Et pour finir le site de Studio Hybride.